Retour sur le discours de la jeunesse de Jean Jaurés

Par Laurent Chavanette, Délégué du MUP Aude.

Dans cette période troublée où l'on ressent de la perte de confiance en la politique, du mécontentement, des doutes, dans laquelle il faut trouver un cap, il peut être utile de revenir à ce qui nous a inspiré pour notre action, notre engagement, c'est à dire à nos fondamentaux dont Jean Jaurès est, pour beaucoup je pense, un des piliers.

"Pour savoir où tu vas, regardes d'où tu viens" dit le proverbe. De plus, les dates anniversaires se bousculent; elles peuvent être l'occasion de s'arrêter un moment et de réfléchir : le 1er anniversaire de l'arrivée au pouvoir de la gauche, en Mai 2013, les cent ans de la mort de Jean Jaurès en 2014 et les 110 ans du célèbre "Discours à la jeunesse" de Jean Jaurès.

Se replonger dans les paroles de Jean Jaurès empreintes de philosophie et de ses convictions fortes au service d'un idéal, se rapprocher de ce supplément d' âme qui rend la politique grandiose, redonne l'espoir nécessaire à l'engagement politique, un souffle d'air frais pour retourner au combat pour les valeurs humanistes de justice, d'émancipation et de liberté qui sont les notre.

"L'idéal c'est l’épanouissement de l’âme humaine" disait-il. Jean Jaurès, alors député de Carmaux, la ville des mineurs qu'il a défendu, et vice-président de la chambre des députés, prononça ce discours au lycée Lapérouse d'Albi, le 30 Juillet 1903, lors de la remise des prix, où il fût enseignant bien des années plus tôt. Il créera la S.F.I.O. (Section française de l'Internationale Ouvrière) deux ans plus tard qui regroupera les multiples partis de gauche dans une même "maison".

Dans ce discours, il évoque le temps qui passe sur les hommes mais aussi l'utilité d'agir pour une œuvre qui nous dépasse et qui portera en elle une part de nous. Il évoque la nature humaine qu'il sait complexe. Il ne nie pas l'égoïsme, les vices, les préjugés mais c'est la prise de conscience du "sens de sa grandeur et le pressentiment de ses destinés incomparables" et le secours du temps, car les grandes œuvres nécessitent de la patience, qui donnent la confiance nécessaire à l'action.

Il nous parle de la république, ce grand acte de confiance et d'audace, arrachée à la royauté pendant la révolution. Celle-ci ne doit pas seulement être dans les relations politiques des hommes mais dans les relations économiques et sociales, au travail, dans l'entreprise ! Jean Jaurès sent la guerre venir, la gronde sourde des égoïsmes et des nationalismes est déjà là. Il commence déjà à prévenir, il sait qu'un conflit est proche mais la paix est possible.

Les prolétaires et les forces vives des nations pourraient s'unir contre la barbarie qui s'annonce car sous les uniformes se sont les cœurs des travailleurs et des citoyens qui battent. Enfin, il termine son allocution avec sa définition du courage. La phrase : "(le courage) c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel" est désormais célèbre, on l'entend dans les meetings, on la cite souvent. "Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire" est souvent citée aussi. Je la vois encore peinte en blanc sur plusieurs mètres sur le mur rouge au fond du local de la section socialiste d'une commune près de chez moi. Mais ces deux citations ne sont qu'une infime partie de la définition que donne Jean Jaurès du courage. La voici dans son intégralité :

"L'humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement. Le courage, aujourd'hui, ce n'est pas de maintenir sur le monde la nuée de la Guerre, nuée terrible, mais dormante dont on peut toujours se flatter qu'elle éclatera sur d'autres. Le courage, ce n'est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre ; car le courage est l'exaltation de l'homme, et ceci en est l'abdication. Le courage pour vous tous, courage de toutes les heures, c'est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie. Le courage, c'est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ; c'est de garder dans les lassitudes inévitables l'habitude du travail et de l'action. Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c'est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu'il soit : c'est de ne pas se rebuter du détail minutieux ou monotone ; c'est de devenir, autant qu'on le peut, un technicien accompli ; c'est d'accepter et de comprendre cette loi de la spécialisation du travail qui est la condition de l'action utile, et cependant de ménager à son regard, à son esprit, quelques échappées vers le vaste monde et des perspectives plus étendue. Le courage, c'est d'être tout ensemble et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe. Le courage, c'est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l'approfondir, de l'établir et de la coordonner cependant à la vie générale. Le courage, c'est de surveiller exactement sa machine à filer ou tisser, pour qu'aucun fil ne se casse, et de préparer cependant un ordre social plus vaste et plus fraternel où la machine sera la servante commune des travailleurs libérés. Le courage, c'est d'accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l'art, d'accueillir, d'explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d'éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l'organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes. Le courage, c'est de dominer ses propres fautes, d'en souffrir, mais de n'en pas être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un regard tranquille ; c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ; c'est d'agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l'univers profond, ni s'il lui réserve une récompense. Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."

Ces propos sont aujourd'hui d'une criante actualité; plus encore ils sont éternels. N'a-t-on pas besoin de "ce" courage ou de "ces" courages dans le monde d'aujourd'hui ? François Hollande, lors de la campagne présidentielle, l'a dit - "Ma priorité, c'est la jeunesse !" - suite au triste constat qui est que quelque chose s'est cassé : la génération suivante ne vivra pas forcément mieux que la précédente. On ne pourra pas inverser ce sinistre constat sans au préalable écouter, entendre, et enfin parler à cette génération.

Les gouvernants doivent faire en sorte d'aider la jeunesse, elle qui a besoin d'avoir confiance, de croire en un avenir meilleur, d'avoir des perspectives, d'avoir l'envie d'entreprendre, d'avoir les moyens de concrétiser ses talents, d'avoir les outils nécessaires à sa créativité, de comprendre que l'individualisme aujourd'hui répandu n'est pas la seule vision, que le sens du collectif, même si l'on peut être déçu par moment, est au fond bien plus exaltant car il fait appel à plus de hauteur de vue.

De l'audace d'entreprendre découlera le reste. La jeunesse doit avoir du courage ? Les gouvernants aussi !

Vous pouvez retrouver l'intégralité de ce discours sur le site de L' O.U.R.S. à cette adresse :http://www.lours.org/default.asp?pid=100

 

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Commentaires : 2
  • #1

    Bordellier (vendredi, 15 novembre 2013 14:17)

    Bonjours,
    çà bouge pas beaucoup hein?
    personnellement, je trouve dans cet article des fondamentaux essentiels pour comprendre notre monde du jour d'aujourd'hui.
    Le principal est : "L'idéal c'est l’épanouissement de l’âme humaine"
    En effet, j'ai remarqué au cours de mes aventures que les "choses" sont tournées vers cet objectif.
    C.A.D. : que l'ensemble des problématiques de notre monde actuel, impliquent une pression considérable sur l'âme. L'âme de chacun d'entre nous. D'une manière ou d'une autre.
    Pour moi, c'est un fait que je constate chaque jour : personne n'est à l’abri.
    Chacun réagi à sa manière, avec sa compréhension du monde, ses conditionnements, ses choix.
    Je pense que ces choix individuels sont plus important à l'heure d’aujourd’hui, que les décisions de nos maîtres. Peu à peu, grâce à ces décision et ces choix, l'avenir se construit plus sûrement que toutes actions concrètes, volonté de dominations, d'avoir ou de puissance.
    C'est inéluctable....
    Au travers des choix de chacun, se construit notre avenir. Pour ma part, j'ai confiance en mes contemporains.
    Je regardais le film Mandrin et mon âme n'a pas pu s’empêcher de me faire ressentir, ou de faire émerger à ma conscience qu'au travers de cette épopée, ces gens qui ont vécu sur la terre de France à une époque révolue, ont pressenti un autre destin pour l'humanité. Un grand destin, un très grand destin.
    Bon,
    A+
    Marc

  • #2

    Eric Favey, secrétaire général adjoint de la Ligue de l'Enseignement (jeudi, 02 janvier 2014 09:45)

    en cette année 2014 qui s'ouvre, qui sans doute célèbrera la grandeur et la modernité de Jaurès notamment le 31 juillet, le président de la République eût été mieux inspiré de relire l'intégralité du discours à la jeunesse plutôt que les "éléments de langage" de la batterie de ses conseillers en communication qui ont fabriqué ses voeux ...Tétanisés par les prochaines élections et formatés par les modèles économiques qui ont pourtant détruit une part de l'économie même, ils ont paresseusement limités leurs voeux à une forme de nouveaux pacte proposé aux entreprises...rien sur l'éducation et la formation tout au long de la vie, sur l'imagination et la recherche, sur les alternatives enthousiasmantes d'une économie plus riche en emploi car tournée vers la satisfaction des besoins essentiels de l'humanité et vers le progrès de la condition humaine inspiré de nos nouvelle s responsabilités, rien sur les nouveaux liens inter générationnels et interculturels qui devraient fonder une allia,ce entre les individus et la collectivités, une forme renouvelée de cohésion sociale sans laquelle le développement économique ne sert que les puissants ....